Dans les années 1980, une fouille a mis au jour en bordure du Seil, une partie d’un premier quartier à vocation commerciale, sur une surface de près
de 2500 m2 ; dans les années 1990, une partie d'un second quartier à vocation résidentielle a été découvert.

ans le premier quartier, situé à Saint-Lupien, trois groupes d’entrepôts précédés d’un portique sont accolés deux à deux sur le côté nord d’une voirie est-ouest de 7 mètres de large. Ils étaient séparés l’un de l’autre par des ambitus assurant une communication vers l’intérieur de l’îlot. Le groupe le plus imposant est constitué par deux horrea, dont l’un est un vaste bâtiment à travée centrale orienté nord-sud. A l’est et à l’ouest de ce dernier, des entrepôts de plan quadrangulaire, à l’arrière desquels on trouve respectivement un atelier de bronzier et un grenier (?), forment un ensemble qui délimite une surface de près de 240 m2. A l’ouest, deux bâtiments rectangulaires, perpendiculaires au groupe précédent, semblent offrir une fonction tout à fait similaire d’entrepôts. Au sud, une série de bâtiments composée de boutiques, arrière-boutiques, ateliers et cours en coeur d’îlot, s’alignent le long de la voirie. L’extension des horrea vers le nord et l’est demeure inconnue, mais l’analyse récente de photographies aériennes suggère que ces entrepôts puissent faire partie d’un programme architectural cohérent occupant l’ensemble d’un îlot urbain.

Du point de vue chronologique, il semble que la première phase de construction du quartier soit légèrement antérieure à notre ère. Dans la partie est du site, les restes de quelques fonds de cabanes et d’un premier état de voirie constituent un premier horizon d’occupation attribuable à la période augustéenne. Le quartier évolue sous le règne de Claude et l’on assiste, dès la fin du Ier siècle, à des réaménagements des bâtiments existants.

La grande phase d’urbanisme, celle de la construction des entrepôts, date du milieu du IIe siècle. Le quartier est ensuite progressivement abandonné dans le courant du IIIe siècle, mais l’activité persiste toutefois jusqu’à la fin du IVe, voire du Ve siècle, comme l’indique la forte proportion de céramiques dérivées des sigillées paléochrétiennes recueillies sur le site.

En 1991, s’est achevée boulevard Le Corbusier, la fouille d’un deuxième quartier gallo-romain composé par deux larges rues perpendiculaires est-ouest et nord-sud, délimitant des îlots habités. Aucun édifice public n'a été mis au jour, mais l’importance de la surface fouillée (près de un hectare) a permis d’étudier l’organisation du bâti, son évolution pendant près de trois siècles et demi et son abandon définitif à la fin de l’Antiquité.

Le site est occupé dès la deuxième décennie du Ier siècle ap. J-C., par des habitats de terre et de bois sur solin. Vers la fin du Ier siècle, ces premières habitations sont détruites pour faire place à des domus plus spacieuses, au plan largement inspiré des modèles méditerranéens. La domus sud, dont le plan est pratiquement complet, se compose d’un jardin central encadré par un péristyle desservant trois ailes. Au sud, une aire largement ouverte sur le péristyle devait sans doute correspondre à la pièce de réception principale de la maison. Le jardin était alimenté en eau par une canalisation aménagée en contrebas des portiques. Elle permettait d’alimenter un puits dont le trop plein se déversait dans une citerne peu profonde située sous le portique est. La maison est dotée de simples sols en terre battue pour les pièces à usage de service (aile ouest) et de sols soignés en fragments de briques liés à l’argile présentant le même aspect de surface qu’un sol de béton, pour les parties résidentielles et les portiques. Ces grandes maisons sont progressivement démembrées à partir de la seconde moitié du IIe siècle (installation d’ateliers au détriment de plusieurs pièces d’habitation). Bien que ce quartier semble abandonné durant le IVe siècle, on note une reprise d’activité au cours du Ve siècle, avec une réutilisation partielle de certaines parties des maisons. Des élévations sans doute importantes subsistent encore au début du haut Moyen-Âge, au plus tard à la fin du VIIe siècle (un mur effondré de la domus sud recouvre des inhumations de cette période).

De toute évidence, la construction de grandes domus à péristyle vers la fin du Ie siècle témoigne d’un enrichissement des élites urbaines, conséquence probable du développement du commerce fluvial. Au-delà de ce constat, la réutilisation partielle des maisons au cours du Ve siècle, offre des perspectives nouvelles pour l’étude de Rezé et des courants commerciaux dans l’estuaire de la Loire à la fin de l’Antiquité. Ainsi l’abondance des céramiques dérivées des sigillées paléochrétiennes produites dans la région bordelaise, mais également la présence d’amphores tardives importées du bassin méditérranéen, suggèrent la permanence d’activités commerciales dont il est encore difficile de mesurer l’importance.

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