Depuis le début des années 1980, les recherches archéologiques ont permis d’étudier en plusieurs points, les vestiges d’habitats remontant aux origines de la ville antique. Constituées d’une architecture de terre et de bois, ces maisons s’insèrent dans un plan d’urbanisme qui reste inchangé jusqu’à la fin de l’Antiquité tardive.

a fouille de grande ampleur réalisée en 1991 boulevard Le Corbusier a livré de nouveaux éléments précisant l’organisation initiale de la ville antique. Les premiers niveaux d’occupation du site ont laissé apparaître un réseau de fossés parfaitement orthogonaux, antérieurs aux premières constructions de la première moitié du Ie siècle ap. J-C. Ces fossés, que nous proposons d’identifier à un réseau parcellaire, ont conditionné l’urbanisation du quartier et ordonné son évolution dans le temps, qu’il s’agisse de fossés délimitant l’emprise des propriétés ou bien de fossés délimitant une zone de retrait par rapport à l’espace public (la rue et ses espaces latéraux de circulation). Parallèlement à ces recherches de terrain, l’étude cartographique du site antique indique qu’une partie du parcellaire du XIXe siècle (secteur du Clos Saint-Martin) est manifestement fondée sur un module constant, dont la valeur métrique est proche d’une unité de mesure antique (l’actus quadratus de 120 pieds, soit une valeur proche de 35,50 m). Ce parcellaire présente toutes les probabilités d’avoir conservé une structure stable depuis l’Antiquité en raison de l’absence de toute occupation dans ce secteur de la ville après cette période. Il pourrait correspondre à la «fossilisation» des îlots urbains et des voiries dans le paysage actuel, sous la forme de limites parcellaires.

Les fouilles programmées menées depuis 1997 sur le secteur de la Bourderie nord, permettent de préciser la limite au sud de la ville antique. Les îlots urbains qui forment la frange sud de l’agglomération gallo-romaine ont été constitués au début du Ier siècle ap. J-C. et sont le témoignage concret du projet d’urbanisation initial de la ville au Haut Empire, projet qui n’a manifestement pas été mené à son terme. A l’exception d’une petite nécropole à incinération située le long de la voie se dirigeant vers Saintes, les îlots ont échappé à tout processus d’urbanisation. Vers la fin du IIe siècle ap. J-C., certains îlots sont partiellement occupés par des installations artisanales, en particulier celle d’un atelier de potier, dont la production débute vers le milieu IIe siècle et décline dès le début du IIIe siècle de notre ère (production de céramiques communes).

Au-delà de cette zone périurbaine, une fouille de sauvetage effectuée dans le secteur de la Bourderie sud a permis de vérifier la présence d’un réseau de voirie mis en place à la fin du Ier siècle ap J-C. Ce réseau adopte un plan orthogonal et limite de vastes îlots totalement vides. Dans l’état actuel de la recherche, il est difficile d’affirmer si ces îlots, d’une surface deux fois et demie plus importante que ceux de la zone périurbaine, ont été constitués en prévision d’un accroissement de l’urbanisme. Quoi qu’il en soit, certains éléments, comme les voiries restées inachevées laissent à penser que ce projet de grande ampleur, s’étendant sur plusieurs hectares, n’a pas abouti.

Les opérations archéologiques réalisées depuis le début des années 1980 ont largement contribué à renouveler nos connaissances de cette agglomération secondaire antique. De vastes secteurs de la ville gallo-romaine conservés dans des zones désormais protégées offrent l’opportunité de renouveler les problématiques de recherche. Le processus de mise en place des structures urbaines au cours de la période augustéenne, l’évolution d’une ville étroitement liée au commerce fluvial, les interactions entre l’évolution du fleuve et la ville ou l’abandon progressif du cadre urbain au cours de l’Antiquité tardive, constituent autant de thèmes de recherches prioritaires dont la portée dépasse très largement le cadre de Ratiatum.

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